Je ne vais pas vous faire de long discours, et d'ailleurs Romain l'écrit bien mieux que je ne l'aurais fait ...
Cut is dead ...
En ce mois d’octobre pourri, comme tous les mois d’octobre finalement, tout le monde ne parle que d’un film :
Apocalypse now. Pour dire que
Vinyan (de Fabrice du Welz) et
De la guerre (de Bertrand Bonello) lui rendent un bel hommage, un drôle d’hommage. Pour dire, aussi, que Paul Newman aurait été un meilleur Lieutenant Kilgore que Robert Duvall. Pour dire, enfin, qu’
Apocalypse now est le plus grand film de tous les temps, mais ça, y’a même des gens pour le dire en février. CUT convoque également le fantôme d’
Apocalypse now. Mais plutôt pour chanter les Doors et leur
The end ravageur. Oui, ravageur : CUT, c’est fini.

Faute de soutien des organismes publics, nous étions confrontés à ce choix : se compromettre pour survivre ou mourir pour nos idées. Ça paraît schématique, c’est pourtant devenu notre réalité. Évidemment, le cheminement qui nous a conduit jusqu’ici est bien plus complexe. Mais au final, c’est aussi manichéen que cela. Ça commence comme un film français, ça se termine comme un blockbuster américain.
On a souvent défendu nos choix (ne pas vendre la couverture, ne pas céder aux pressions du publi-rédactionnel, ne pas faire confiance aux conseils cinéma de Laurent Weil), on a beaucoup joui de notre indépendance (31 numéros, orgasme prolongé). Mais nous voilà rattrappés par la machine à broyer les marges. Sortez du cadre et vous êtes morts !

J'aurais préféré mettre un mouchoir sur ma tristesse. J'aurais préféré dire que tout va bien et qu'on est plus vivant que jamais. J'aurais préféré que ce monde – disons surtout les grands décideurs en matière de politique culturelle – croient en la liberté (de ton, de la presse ou de manger sa purée avec du ketchup), j'aurais préféré que Fabien Onteniente ne fasse jamais de films... Mais c'est comme ça. Fabien Onteniente fait des films, le ketchup c’est pour les frites, CUT doit mourir et j’ai le rhume. This is the end.

Romain Sublon